23/01/2012

Une alarmante confusion des genres entre Relations Presse et publicité

relations presse publicité, achat d'espace, magazine entreprendreJ’ai remarqué un phénomène qui me pose pas mal question depuis quelques temps. En tant que Responsable de la Comm, je suis de plus en plus souvent démarchée par des titres de presse. Vous allez me dire, jusque là, rien de nouveau sous le soleil. Sauf qu’en l’occurrence, les barrières entre pub et rédactionel, censées être très étanches, le sont de moins en moins. D’ailleurs, j’ai remarqué cette technique commerciale, on m’appelle pour me présenter un futur dossier en lien avec mon activité et on me propose d’y apparaître… contre rétribution financière finissent-ils par lâcher. Habituée que je suis maintenant à ce petit jeu du chat et de la souris, j’ai pris l’habitude de couper court à la conversation en demandant très vite de quel côté il est : commercial ou rédaction. Ca nous permet de tous gagner du temps.

Récemment, une commerciale du magazine Entreprendre pour ne pas le citer me répond comme si c’était une évidence « Je suis chef de projet et je décide de tout : la maquette, la ligne rédactionnelle, les articles, et la pub ». Vaste programme n’est-ce pas… Et surtout vaste fumisterie qui décrédibilise complètement son titre et son rôle. Je l’envoie gentiment balader en lui disant que je ne mange pas de ce pain-là et que cette confusion des genres me met très mal à l’aise. Elle insiste, me dit qu’il faut absolument que l’on soit dans son prochain dossier parce que ce qu’on fait est « vraiment génial ». « Vous avez raison » je lui dis, « c’est d’ailleurs tellement génial que je n’ai pas du tout l’intention de payer pour que l’on parle de mon entreprise. Je suis persuadée que nous avons assez de choses à dire pour intéresser des journalistes sans avoir à payer de la pub ». Et vous savez ce qu’elle me répond : « mais comment voulez-vous que la presse vive si vous réagissez comme ça ! ». Là j’hallucine. J’hésite entre rire et pleurer. Finalement, je me lance dans un speech que je reconnais très moralisateur, j’ai l’impression d’être une vieille pimbêche. Mais quand même, faut pas abuser.

Quand je suis dans mon rôle de communicante qui paie des insertions pub, je me fais remonter les bretelles dès que j’ose imaginer que le directeur commercial pourrait me mettre en contact avec son rédac chef. Et là, tout va bien, on y va franco, on affiche clairement le message et on assume. Franchement, je trouve ça tout simplement honteux. Comme je le disais à ma chère interlocutrice : « Est-ce que la qualité des contenus d’Entreprendre dépend de la qualité de mon portefeuille ? Est-ce que si j’ai plein de choses passionnantes à raconter mais pas un kopek à dépenser vous allez m’ignorer ? Et en revanche, est-ce que si je vous paye grassement, vous allez faire un super joli papier sur les services pourris de mon entreprise ? ».

Je veux bien croire qu’on ne soit là qu’à un petit niveau. Qu’Entreprendre, ce n’est pas les Echos ou l’Express. Mais j’insiste, je trouve cette dérive super grave. Je peux aussi vous dire que plus jamais je n’achèterai ce magazine qui n’en ai finalement pas un. Quel avenir pour la presse si cette dérive s’installe de plus en plus ? Je préfère imaginer, même si c’es triste, que certains magazines vont mourir tout simplement , plutôt qu’ils survivent dans de telles conditions.

Commentaires

Bonjour.
J'adhère à 100% (voire 200) à vos propos. Étant moi-même attaché de presse (après une dizaine d'années comme journaliste) je suis fréquemment confronté à ce type de propos, de confusion des genres... un article contre une pub !
Non seulement je trouve cela révoltant déontologiquement, mais en plus ça heurte ma sensibilité d'ex-journaliste !
Il y a un "canard" dans ma région (Languedoc-Roussillon) qui conditionne systématiquement tout article ou même brève à l'achat d'une pub ! Les journalistes le déplorent mais sont contraints de faire passer le message à leurs interlocuteurs... du coup je ne prends même plus la peine de contacter cette rédaction.
Certes la presse se porte mal, certes le net constitue pour certains une concurrence non négligeable, mais il ne faut pas pour autant oublier les fondamentaux, la distinction entre le service commercial et la rédaction.
Merci donc pour votre coup de gueule ! :-)

Écrit par : Marty | 24/01/2012

Bonjour Hervie,

Tu soulèves là un vrai gros problème. Le financement des médias et le lien entre pub et rédactionnel....

Mis à part "Que Choisir" et quelques satiriques, je ne connais pas beaucoup de journaux qui soient indépendants financièrement.

D'autant plus que l'envie d'indépendance rédactionnelle peut avoir un vrai coût. Comme ce fut le cas pour la Tribune, quand EDF lui retire ses campagnes, estimant avoir été malmenée dans un article. Manque à gagné 80000 euros.
http://bit.ly/yjmDTZ

De quoi refroidir certaines velléités d'investigation et se poser quelques questions...

Écrit par : Vincent Lavandier Pagenel | 24/01/2012

Je suis tout à fait en accord avec vous.
Que les personnes qui ne sont pas dans le métier ne comprennent pas la différence entre pub et rédactionnel, soit !
Mais que ce soit des gens du métier est vraiment très grave.
Cela discrédite les positions des uns voire celles des autres.
Je suis dan le métier depuis 20 ans maintenant, en ayant été attachée de presse pour de grandes marques de luxe, je viens de créer mon agence de Relations Presse Internationales et Communications Visuelle (PR&B), et je suis outrée de lire ce genre de propos.
Alors laissons à la presse, à la rédaction, le sort d'être libre, indépendante et donc de ne surtout pas être payée.

Écrit par : Natalie | 24/01/2012

Bonjour Hervie,

Tu a mis le doigt sur une vraie tendance qui met beaucoup de monde mal à l'aise et notamment les journalistes et attachés de presse qui se retrouvent a devoir faire les intermédiaires sur un sujet qu'ils ne devraient même pas aborder.

Certains secteurs sont très touchés par ces pratiques et comme le mentionne l'un des commentaires certains titres ne fonctionnent qu'en s'appuyant sur l'argumentaire pub = article.

Mais quelle valeur aura un article si finalement une publication est vue comme ne fournissant que du publi-rédac ? Aucune à mon avis, et elle sera délaissée au profit d'une autre plus qualitative aussi bien d'un point de vue RP que marketing.

La tendance s'intensifie et je vois certains journalistes relayer sur les réseaux sociaux des billets de blogueurs sur des infos qui leur avait été proposées initialement (parfois en exclu) mais refusées par la hiérarchie. Certains blogs arrivent ainsi à générer de nombreuses vues par sujet car c'est le marketing du média qui dicte une partie du rédactionnel. Ces pratiques contribuent a mettre en danger l'activité des ces publication car elles n'ont finalement plus de liberté éditoriale, proposent un contenu qui devient bien fade et répétitif et qui n'intéressent plus ni lecteur... et au final ni annonceur.

Écrit par : Rémi | 24/01/2012

Ce qui est vrai dans la presse ecrite l'est aussi hélàs en télévision. Ainsi dans toutes ces petites chaines du cable ( et parfois dans des plus grosses) on vous achete votre projet ou votre concept d'émission à une seule condition : que vous arriviez chez le patron de la chaine avec votre annonceur... Ensuite plus aucun probleme pour lancer la production de votre émission ( même la plus mauvaise...). Même le groupe Canal + qui osait des productions "maison "
pratique ce genre de deal...
C'est dramatique pour nos metiers.
la déontologie, et l'image des journalistes en prend un coup
pour le moment en tout cas je refuse ce genre de pratique au principe que ma carte de presse n'est pas une carte d'intermediaire publicitaire.

Écrit par : philippe lefebvre | 24/01/2012

Humm, que c'est bon de voir qu'il y a encore des puristes sur terre ! Merci ! Je pensais être une des rares à dire et répéter que les journalistes ne sont pas des commerciaux de l'information. Pas besoin de payer pour être dans le canard ! Si info il y a, leur mission, c'est de la relayer, de couvrir l'actu... Que ce soit au niveau local ou national. Actu=Info= Droit à l'information... Et l'information, par définition, ne doit pas être confondue avec message commercial... Alors, à chacun de faire son boulot...Vive les journalistes qui revendiquent le droit à l'information, car l'information, c'est le terrain, c'est le quotidien... ET aux commerciaux de faire preuve de créativité pour décrocher des contrats sans faire de chantage... "PAs de pub, pas de reportage".... Merci aussi à ceux qui prennent l'initiative de le dénoncer sans détours...

Écrit par : DIDIER Annabelle | 24/01/2012

Alors là, merci ! Je suis étonnée du nombre de commentaires qu'a déjà suscité cet article. Et très rassurée de voir que finalement, je ne suis pas la vieille pimbêche que je pensais, mais bien en phase avec ce que doit être la presse.
Le plus réjouissant, c'est que d'après ce que je comprends de vos témoignages, vous êtes tous communicants. On pourrait penser que les journalistes seraient les 1ers à réagir, et là, il apparaît que ce sont des communicants qui veulent que l'on respecte la ligne jaune.
Ca me réconforte sur ce que devient notre métier !

Écrit par : hervie | 24/01/2012

Bonjour,

Pour avoir été confronté a ce type de démarcheur, il semble effectivement que ce type de pratique soit en pleine expansion.

Que ce soit Entreprendre ou Les Echos (cela s'est déjà produit), la situation de la presse écrite actuelle ne laisse rien présager de bon en ce qui concerne la déontologie des journalistes.

Les cas concrêts de France Soir, La Tribune et la Tribune de l'Assurance (racheté par un groupe dont le métier était de fournir des bases de données) nous donnent les signes sur les
prochaines évolutions éditoriales des médias.

Même si nous nous indignons de telles pratiques, il y aura toujours des sociétés pour accepter de telles pratiques.

Il est envisageable dès lors, que les autres groupes finissent par accepter elles aussi afin de pas "rester au bord de la route".

Toutes les sociétés ne sont pas des modèles de vertue

En tout cas, bon courage.

Écrit par : Frédéric | 24/01/2012

Bonsoir Hervie,

Je tenais à te remercier pour cet article, qui m'a valu de pouvoir argumenter sérieusement lors d'un entretien pour un stage auprès d'une agence de RP. On m'a posé la question de l'avenir du rôle du journaliste dans les relations presse. Et cette situation est un des paramètres qu'il faut prendre en compte dans nos relations avec eux à l'avenir.

Ca m'a rappelé une situation que j'ai moi-même vécu, et dont j'ai pu m'inspirer, ainsi que de ton article pour la rédaction d'un billet sur mon blog.

Merci également aux personnes qui ont réagi à l'article, grâce à qui j'ai pu mettre des mots sur certaines de mes idées.

Bonne continuation.

Stéphanie

Écrit par : Stephanie | 17/02/2012

Merci Stéphanie pour ton message,
et merci pour le lien vers ton blog très prometteur ! Et bonne chance alors dans ton nouveau stage,

Écrit par : Hervie | 18/02/2012

Écrire un commentaire