28.05.2008

De bonnes Relations Presse, c’est quoi ?

Aujourd’hui, je voulais rebondir sur cette question pertinente qui m’a été posée hier en entretien d’embauche : « de bonnes Relations Presse, c’est quoi ? ». Je vous rassure, mon interlocuteur parlait mieux français que moi et a fait l’effort de me poser la question avec des mots plus intelligents intelligibles mais c’était en substance le sens de sa question.
Le premier élément de réponse qui m’est d’abord venu à l’esprit était ce que n’étaient pas, à mon sens, de bonnes Relations Presse. Je n’ai jamais aimé et je ne suis jamais reconnue dans le côté « strass et paillettes » des RP. Je suis incapable de taper sur l’épaule d’un journaliste que je ne connais pas, de le tutoyer immédiatement et de l’appeler « mon chéri » autour d’une coupe de champagne et de petits fours. Bien sûr, je grossis énormément le trait mais c’est pour expliquer que cet aspect-là des RP me semble maintenant complètement dépassé. Et surtout, il y a un grand risque en se comportant ainsi de perdre toute crédibilité auprès du journaliste et même carrément de l’agacer. Attention, j’ai bien conscience pour autant qu’il faut entretenir son réseau de journalistes avec lesquels on travaille régulièrement mais je pense qu’il faut le faire intelligemment, en leur apportant une réelle valeur ajoutée.
C’est là que vient mon deuxième élément de réponse. Il faut effectivement devenir une source d’informations riche pour la presse sur son entreprise (bien sûr) mais plus généralement sur son secteur d’activité et les problématiques qui y sont liées. Là encore, on en revient aux « contenus » si chers aux marketeux qui ont compris que pour établir et pérenniser un lien avec son public, il faut se différencier en proposant des contenus pertinents.
Dans cette lignée et toujours à mon humble avis, il me semble donc désormais inutile de faire du mass-RP en diffusant un même communiqué à des centaines de rédactions, aussi différentes que Les Echos et Voici (vous souriez, mais ça arrive !). Quant aux relances téléphoniques toujours de masse sur le mode « bonjour, c’est l’agence X, je voulais savoir si vous aviez bien reçu notre communiqué ? », c’est un modèle qui me semble tout autant erroné. Mieux vaut parfois éviter trop de contacts mais privilégier ceux pour lesquels on sait que l’on apportera une vraie info.
Les RP les plus efficaces sont certainement celles qui sont le mieux ciblées, travaillées sur des petits fichiers avec des annonces sectorisées. Cela s’inscrit toujours dans cette idée tendance du « contenus » forts. Un journaliste qui reçoit dix communiqués de votre entreprise par mois qui ne le concerne pas n’aura plus envie d’ouvrir vos mails, tandis que si vous le contactez plus ponctuellement mais avec du contenu pertinent, vous aurez gagné sa confiance et serez à ses yeux un interlocuteur crédible. L’attaché de presse doit se positionner comme un conseiller du journaliste.
C’est pour cela que l’on pousser cette problématique « contenu » encore un peu plus en imaginant que l’on peut aussi personnaliser carrément nos infos pour tel ou tel journaliste. En travaillant avec un fichier « cœur de cible » restreint, vous connaissez mieux les centres d’intérêt et sensibilité de chaque titre et rien ne vous empêche de contacter l’un de vos contacts privilégiés avec un thème, un angle, une idée d’article. Si c’est pertinent, ça ne peut qu’augmenter votre degré de « connivence » avec les journalistes.
Parce que voilà une autre grande thématique du moment dans le marketing, après les contenus, il y a aussi « la relation ». Et comme avec ses autres publics, une entreprise doit idéalement construire avec ses journalistes-clés une relation forte, quasiment de l’ordre de l’émotionnel. Et pour cela, rien de tel que de bien comprendre leurs thématiques et que de leur proposer les bonnes infos au bon moment.
Enfin, un point important que j’ai oublié de souligner en entretien (ggggrrrrrrrrrrrrrr) mais qui est pourtant crucial, c’est de ne pas négliger les influenceurs digitaux, qu’ils soient journalistes ou bloggeurs. J’en avais déjà parlé ici.
Finalement, je pourrais résumer cette note en disant que de bonnes RP, ce sont des RP professionnelles, bien ciblées –voire personnalisées- et qui apportent une réelle valeur ajoutée aux journalistes.
Et vous, avez-vous un avis sur la question ?

Commentaires

Je suis d'accord avec ton approche moderne et pro des rp. Ce que j'ai constaté depuis quelques années, c'est qu'efffectivement les discours makreting et RP se rapprochent là où il y avait avant une espèce de concurrence, ou en tout cas de non-compréhension entre les deux.

Écrit par : Emmanuelle | 29.05.2008

Je partage ton avis en privilégiant surtout le point suivant : en marketing, avant tout il faut un bon produit et une belle histoire. Il faut arrêter de se dire que les RP vont combler les absences de messages et de nouveautés produits. Si vous n'avez rien à dire, mettez votre budget en R&D plutôt qu'en RP.
Je dis souvent, en grossissant le tableau : ceux qui font des RP sont souvent ceux qui n'ont rien à dire. Combien d'entreprises sont présentes dans la presse, alors qu'elles ne font aucune action de RP ? Plus que vous ne pensez, car les journalistes cherchent d'abord des infos, des nouveautés dans la presse, dans leur entourage, sur le net et aussi auprès d'attachés de presse.

Je pense aussi qu'il faut avoir une déonthologie vis à vis de la presse (limiter les abus, les comparatifs bidons avec la pub, les tractations rédactionnel + pub, les demandes de relecture, ...).
Il faut être réactif et offrir un service de qualité.

Écrit par : arnaud | 30.05.2008

Je suis personnellement étonné que l'on en soit encore à ce type d'échanges sur le sujet car cela montre que, ou bien la situation n'a guère changé depuis disons trente ans et que le professionnalisme n'est pas encore assez présent ou bien, ce qui est certain c'est que dans les entreprises en particulier et certaines agences, on recrute des collaborateurs qui n'ont aucune formation à la communication ou aux RP. Si je peux me permettre attention dans un tel propos à la bonne rédaction.

Écrit par : morel | 30.05.2008

Bonjour,
je suis journaliste, et adhère totalement à vos propos.

De mon point de vue, la personne chargée des relations avec la presse est intéressante:
-quand elle vous envoie une info qui correspond à l'esprit de ce que vous écrivez (la ligne éditoriale du média, terme que je préfère à l'affreux "support", symptomatique d'une vision purement publicitaire de la presse)
-quand elle vous met rapidement en contact avec le bon interlocuteur
-quand elle ne vous harcèle pas
-quand elle organise des évènements dont le contenu est constitué d'au moins 80% d'informations
-quand elle ne cherche pas à vous persuader d'écrire sur un sujet en vous offrant quelque chose qui n'a rien à voir avec ce sujet (tactique mesquine mais encore répandue et malheureusement acceptée par trop de journalistes las de conditions de vie difficiles)
-quand elle sait dire à son client (ou employeur): attention, votre démarche de communication va être perçue comme un gros mensonge, vous feriez mieux d'être moins prétentieux dans le discours, on vous pardonnera plus facilement vos défaut.

Écrit par : seveg | 30.05.2008

Bonjour à vous tous, je suis contente et rassurée de voir que notre "nouvelle génération" s'entend sur l'aspect professionnel des RP.
Morel, c'est vrai que c'est dommage de devoir rouvrir le débat "strass et paillettes" mais les clichés ont la vie dure et je trouvais important de préciser que je ne me reconnaissais pas dans cet aspect-là du métier.
Cela fait plaisir aussi, Seveg, d'avoir un retour de journaliste qui confirme ces dires et donc nous conforte dans l'idée que l'on avance dans le bon sens!

Écrit par : Hervie | 30.05.2008

"Terrible de dire encore "bonne" attachée de presse. Il suffit seulement d'être professionnelle, de connaître son métier. Ce métier c'est comme une agence de presse, où l'on prends un maximum d'informations et de données pour les transmettre aux journalistes qui peuvent en disposer. C'est faciliter leur travail avec des visuels, des images, des dossiers où ils peuvent trouver un maximum d'informations justes, de trouver les bons intervenants (voir les former) et de façon réactive. C'est aussi connaitre parfaitement son sujet et l'information de l'entreprise. Mais aussi faire comprendre à l'entreprise que l'on ne peut acheter les journalistes, que pour connaître un sujet il faut aussi du temps et que faire passer de l'information n'est pas aussi immédiat. Fini le temps des attachées de presse-cocktails-bijoutées, nous sommes dans l'air des relations presse-plus pres des postiers et de l'ordinateur, femme et homme orchestres qui doivent tout faire de la mise en page aux reportages en passant par le compostage, etc... ce qui reste c'est la passion pour un métier qui est celui de l'information auquel il faut s'adapter en même temps que l'évolution de la société. Mais que de sujets encore extraordinaires à transmettre. Comme disait Lazareff:"Coco tu crois que c'est interessant?": je réponds oui! (aux RC à me croire, car si je leur transmets c'est que j'ai fait mon métier et sélectionné l'info qui est bonne!

Écrit par : Skrotzky | 30.05.2008

merci aussi pour ces précisions. Il y une dimension que j'avais oublié dans ma note et qui ressort dans vos commentaires, c'est de savoir "former" en interne et trouver les bons interlocuteurs, les bonnes informations. Cela me rappelle une conversation surréaliste que j'ai eue il y a quelques mois avec un chef d'entreprise. il me disait la chose suivante et sans aucun complexe: "ça fait des années que je paie pour dans la pub dans tel support alors maintenant, ils ont intérêt à me faire des papiers, sinon, moi, je vais leur expliquer leur travail aux journaleux". Aïe.

Écrit par : Hervie | 31.05.2008

Bravo Hervie pour ce dernier commentaire qui est tristement réaliste de l'aspect commercial que revêtent les relations presse au sein d'une entreprise. Et c'est une directrice de la com qui vous parle.

Tous les principes énoncés ci-dessus ont une part de vérité à laquelle j'adhère. J'y ajouterai cependant une dimension. Gérer les relations presse au sein d'une agence de com ou au sein d'une entreprise sont deux choses presque contraire, tant dans les stratégies que dans la démarche.

Pour faire de bonnes relations presse, il faut d'abord de vraies informations. Il ne faut pas faire d'enrobage pour se caser à telle ou telle place en général celle du "leader", du fer de lance... C'est usé et sans intérêt. Or, cela se passe trop souvent comme cela.

C'est vrai, la qualité des RP, c'est d'abord une qualité et une vérité d'informations, mais cela ne suffit pas. Il faut faire tourner la machine et faire avancer le marché. Bien connaître les produits ou l'entreprise, aborder les problématiques sous des aspects innovants, mais néanmoins modestes et réels. On ne le dira jamais assez. Il faut servir sur cet aspect, votre produit, dans sa perfection ou ses imperfections pour le distinguer et bien le faire comprendre.
Pour une entreprise, la procédure est différente, car les hommes et les valeurs comptent, tout autant que leur histoire et leur place sur un marché.
Cela, c'est ma vision des choses quant à l'information brève et concise qui doit être communiquée.

Mais il manque encore une dimension. Celle de la place qu'occupe le média sur son propre marché, celle d'une bonne connaissance de ses centres d'intérêt. Il ne suffit pas de connaître le panégérique ou la ligne éditoriale. Il faut comprendre pourquoi les lecteurs achètent le journal. Qu'est-ce qu'ils y cherchent. Car, nous le savons tous, un journal doit vivre et l'équilibre est difficile à trouver entre promotion et information. Quel est la place de ce journal dans le cadre de la mondialisation. Il y a sa place et s'il existe c'est qu'il en est un acteur spécifique.

Les RP sont comme la chaîne du froid. Il suffit qu'un paramètre soit négligé pour que l'investissement plonge irrémédiablement. Faire des relations presse pour une entreprise, un secteur d'activité, un produit, c'est avoir une excellente connaissance de tous ses paramètres. C'est avoir assez de souplesse intellectuelle pour savoir distiller une même information, plutôt sous cette forme à un tel, et une plutôt un autre aspect à tel autre. Et oui, presque la quadrature du cercle. Il faut avoir à l'esprit que certains journalistes talentueux, reçoivent en moyenne, d'après mon expérience et mes propres contacts, parfois 800 mails par jour : communiqués, relances, invitations... Pour passer à travers le filtrage rapide qu'effectue le journaliste, il faut être soigneux et se mettre avant tout à sa place pour comprendre quel va être son point de vue en découvrant votre information.

Je ne vous cache pas que si on ne maîtrise pas bien le domaine des RP, mieux vaut ne pas en faire, car on va plus vite au flot qu'au devant de l'intérêt. Il faut des arguments en béton quand le journaliste s'intéresse à vous, car il voudra vérifier ce que vous valez, votre fiabilité et la nature de l'info distillée.

C'est comme cela que je vois les choses pour m'être plantée plein de fois et aussi pour avoir fini par réussir plein de fois.

Bon courage à tous.

Écrit par : Anna | 31.05.2008

Je viens de me relire, mais le mail était parti. Trop tard. Pardon pour ces fautes d'orthographe dues à la fougue de mon intérêt.

Écrit par : Anna | 31.05.2008

Décidément, le sujet me passionne et je profite de l'anonymat pour rafraîchir ma propre vision concernant les outils.

Qu'attendent les journalistes qui s'intéressent à votre information ? Des interlocuteurs qui ont une vision pointue et une vision assez large pour se situer sur une technique, un marché, face à des concurrents... c'est entendu.

Mais concernant les outils ?
J'hésite toujours à remettre les communiqués de presse au premier contact. Personnellement je suis pour un dossier de presse étoffé, où en un clin d'oeil il trouvera toutes les infos, clairement répertoriées : le produit ou l'entreprise, le marché, ses acteurs, la stratégie... Tout ça, c'est OK. Mais qu'en est-il du communiqué ? Dès le début du contact ou seulement à la fin si on n'a pas de dossier de presse ?
Cela fait 15 ans que je fais ce métier et à chaque opération je me pose la question de la meilleure stratégie à adopter.

Personnellement, je tiens beaucoup au kit presse. Pas qu'un simple dossier, mais des visuels, des vidéos pointues, des chiffres parlants et brefs, des échantillons...

Mais qu'en pensent les journalistes ?
J'ai toujours hésité à adopter une fois pour toutes une façon de faire, au profit du savoir-faire. Mais j'aimerais avoir l'avis de celui qui se trouve en face.

Merci de votre réponse, les RP sont un vaste sujet.

Écrit par : Anna | 31.05.2008

Exellent billet et commentaires de qualité. Je suis ravi.
Je partage évidemment cette vision pro de la relation presse, métier que je pratique en tant qu'ancien journaliste depuis une dizaine d'années.
Le point sur lequel je voudrais insister, c'est celui de l'échange.
Personnellement, je considère le chargé des RP non comme un conseiller ou un adjoint mais comme un partenaire. Le réseau induit une communication et qui dit communication dit, en théorie, que tantôt l'un (le chargé) est émetteur de l'info et l'autre récepteur, l'info en l'occurrence étant un sujet potentiel, et que tantôt l'autre (le journaliste) est lui-aussi émetteur de l'info et l'un récepteur. Or je constate que si de fait, ça fonctionne dans un sens, ça ne fonctionne pas dans l'autre. Personnellement, j'ai trés peu d'appels de journalistes qui viennent aux nouvelles, prennent le pouls, sauf quand ils ont une obligation et / ou une urgence. Et cela ne manque pas de me frapper. Car ça induit que les journalistes n'investissent plus le terrain, quelles qu'en soient les bonnes (et moins bonnes) raisons.
Le journaliste, me semble-t-il, doit lui aussi se professionnaliser et apprendre à aller plus sereinement vers le chargé de RP, c'est pour tout le monde une garantie de qualité.

Je crois que le journaliste aussi

Écrit par : Didier | 02.06.2008

Bonjour à tous, je vous remercie beaucoup pour vos contributions qui ont beaucoup enrichi le débat et fait avancer l'idée que nous nous faisons des RP. Professionnels des RP et journalistes, nous semblons avancer dans le même sens, ce qui me rassure et m'encourage à aller dans cette voie.

Écrit par : Hervie | 02.06.2008

Bonjour
Je réponds en décalage par rapport aux dates.
Je viens de recevoir ce lien par Catégorynet.
Votre réflexion est intéressante, je travaille dans différents journaux.
Oui vous le résumez bien : "de la bonne info au bon moment".
En sachant qu'information et communication sont nuançables... Le rédacteur en chef peut "jouer" là dessus à la réception d'un article, et on en arrive "au discours attention c'est de la pub", hum pub, le mot qui tue effectivement.
Il ne se passe pas une semaine où j'ai besoin effectivement des communications d'attaché de presse ou de chargé de com. Pas uniquement dans le monde de l'entreprise, pour des collectivités locales, territoriales, les services culturels, office de tourisme... Une collaboration précieuse que je privilégie comme un outil de travail . Bien à vous

Écrit par : cadichon001 | 12.02.2009

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